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Documents : 50e anniversaire de la catastrophe de la Fosse 7



0H30 : la veine Marthe ouvre les portes du chaos et du chagrin

Les aiguilles de l’horloge entament à peine cette journée du 2 février 1965 que déjà elles se figent. Le grisou a une fois de plus apposé sa signature de sang et d’effroi au bas du grand registre des catastrophes minières. Celle qui vient de se produire dans la veine Marthe de la Fosse 7 marque le drame le plus meurtrier depuis la Libération : les 21 mineurs préparant le matériel pour le poste du matin ne reverront jamais la lueur du jour située 715 mètres plus haut. Quelques heures plus tard c’eut été 200 mineurs qui seraient tombés dans le traquenard du grisou. Pour combien de veuves et d’orphelins en plus sachant que ce ne sont pas moins de 41 enfants qui ne reverront plus jamais leurs pères ? Comme toujours, la fatalité portera le fardeau de ce désastre, s’exonérant ainsi de tirer les leçons du passé et de celles à venir. Car derrière les portails de fosses, d’autres familles passeront de l’espoir au désespoir, de l’attente cruelle au chagrin éternel. Cinquante ans plus tard, la plaie reste vive dans la mémoire collective, Avion n’oublie pas ses martyrs de l’industrie minière. Des martyres qui rejoignent sept autres tombés en ces même lieux le 10 septembre 1948, emportés eux aussi par une explosion. Depuis, la fosse s’était pourtant munie d’un système de télé-grisoumétrie moderne. Cela n’a pourtant pas empêché l’Avionnais Désiré Guyot de tirer la sonnette d’alarme depuis plusieurs mois. Les conclusions du délégué mineur drainent toujours la même litanie « Au cours de ma tournée, j’ai constaté qu’aucune amélioration n’est apportée pour la lutte contre les poussières dans tous les collecteurs et voies.... Qu’arriverait-il en cas de coup de feu dans ce quartier grisouteux ? » (rapport du 23 octobre 1964). « Marthe, quartier extrêmement dangereux » ponctue son rapport du 19 janvier 1965. Dès lors que reste-t-il comme place à accorder à la fatalité ? Les gains de production et les progrès de prévention ne regardant pas dans la même direction, les mineurs se trouvent donc au milieu de ces deux intérêts opposés, au prix que l’on sait. Et c’est sans compter l’angoisse, l’inquiétude croissante des populations et familles massés derrière les grilles sitôt la nouvelle répandue. Peut-on mesurer la douleur de l’attente puis la cruauté brute du verdict de cette catastrophe qu’ont enduré ces victimes collatérales ?
Le 5 février, sur le perron de l’Hôtel de Ville de Liévin, les 21 cercueils recevront les derniers hommages de milliers de personnes. En ce matin froid et glacial, la cérémonie se poursuivra à Avion pour les neuf victimes originaires de la commune, laissant derrière eux six veuves et seize orphelins. Commerces fermés, télégrammes de soutien en provenance de toute la France placardés en mairie, une foule dense et recueillie écoute son maire Léandre Létoquart : « Que ce soit chez l’instituteur, le cheminot, le commerçant, aujourd’hui chaque foyer avionnais partage le chagrin, la douleur des familles éplorées.... Aujourd’hui, les mineurs d’Avion sont pleins de colère mais que l’on sache qu’ils ont la dignité de la contenir devant les cercueils et les familles en pleurs de leurs regrettés camarades. » L’image très forte de ces veuves toutes de noir vêtues portant le poids du deuil et d’une vie brisée ne sera hélas pas le clap de fin de cette mine qui tue. Dix ans plus tard, le 27 décembre 1974 à Liévin, le quartier des Six sillons massacrera 42 mineurs dont deux Avionnais. Les derniers d’une longue liste qui, à sa manière, raconte l’épopée mouvementée d’une population pour qui le charbon n’était pas que le pain de l’industrie mais aussi le sien, son histoire, son destin et les risques permanents écrits parfois en lettres de sang.


Catastrophe
La bonne étoile de Guy

Ce 1er février 1965, Guy Bouchendhomme, 25 ans, originaire de la cité Pinchonvalles prend son service à 21h30. Non pour descendre à 715 m mais 200 mètres plus bas afin d’injecter de l’eau dans les veines pour faciliter l’abattage. La veine Marthe était pourtant sa destination initiale mais finalement, son chef, Jean Widuch se ravise au dernier moment. Ce dernier et les autres futures victimes, Guy les aura tous côtoyés avant d’embaucher. Ni bruits ni secousses ne viendront lui porter connaissance du drame. Lorsqu’il sort du travail, personne ne l’avertit de la catastrophe et Guy découvre incrédule cette foule massée derrière les grilles sans en connaître la funèbre raison. Le lendemain, son épouse donnera naissance à une petite fille. Un heureux événement s’ajoutant à un hasard heureux pour l’intéressé qui n’a jamais oublié la mémoire de ses camarades. Ce fut bien la seule étoile salutaire de cette catastrophe.

« J’étais sidéré par l’état des lieux »

La mine était son travail, elle demeure son combat, syndical et mémoriel. Figure bien connue de notre commune, Raymond Frackowiak était lui aussi affecté à la Fosse 7 lorsque survint la catastrophe. La nouvelle du désastre, elle viendra vers lui en milieu de matinée, l’amenant à se rendre illico sur les lieux. À 25 ans, il est porion et ce statut d’agent de maîtrise signifie qu’il dispose de la formation de sauveteur. Après s’être présenté spontanément comme volontaire, c’est accompagné d’un ingénieur, et alors que le dernier corps vient d’être remonté, qu’il descend en fin d’après-midi. Ceci afin de sécuriser et faire l’état des lieux. Plus que la désolation c’est la puissance du coup de feu qui l’a abasourdi. « J’étais sidéré par l’état des lieux. En voyant ce convoyeur doté d’une très grosse motrice soufflé comme une boîte d’allumettes, cela m’a donné une idée de la puissance de l’explosion. » Marqué par « ce silence !! » planant sur la foule après sa remontée, Raymond se bat toujours pour la mémoire de ses camarades que, bien évidemment, « il connaissait tous ». Et de voir dans l’actuelle exploitation du grisou que « la cause du malheur est toujours source de richesses ».

Reportage diffusé sur télé gohelle lien ci-dessous


Discours de Jean-Marc Tellier, maire d’Avion

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Discours de Raymond Frackowiack, secrétaire du syndicat CGT mineurs

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Discours de Norbert Gilmez (Norbert Gilmez était le porte-drapeau des grévistes de 1948 sévérement réprimandés par les Houillères et l’État. Soixante ans plus tard, la ministre de la Justice, Christiane Taubira, a rendu raison et réparations aux acteurs de cette grève.)

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Le Droit Minier
, Journal de l’époque

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