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50 ans après, l'hommage émouvant et puissant des Avionnais pour leurs mineurs



La population était bien présente pour ce rendez-vous commémoratif, le souvenir de l’une des pages les plus sanglantes d’Avion. Samedi dernier, le deuil cinquantenaire de la catastrophe du 2 février 1965 fut un mélange de solennité, de recueillement et d’indignation. Désormais, un monument sera là pour ne jamais oublier que l’ère industrielle était gage de prospérité mais aussi de tragédie lorsque l’on brade la sécurité au travail. Les mineurs avaient cela de commun avec les marins : ils partaient au travail sans la certitude du retour, conscients que le danger pouvait surgir à tout moment. Les 21 victimes de la Fosse 7 le savaient. Leurs noms sont désormais gravés dans le fer. Pour ne pas oublier.

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Pouvait-on envisager meilleur symbole que Norbert Gilmez* pour ouvrir cette journée ? de ces journées qui figureront en très bonne place dans la mémoire collective avionnaise ? Norbert Gilmez, 92 ans, est la pugnacité faite homme, de cette pierre polie sous les assauts de l’injustice et de la calomnie, tous ces outrages dont le patronat sans scrupules de l’époque était capable. L’homme qui a dit non au détriment de son destin professionnel était donc là, au milieu d’une foule dont la masse a noyé le hall de la mairie pour le vernissage de l’exposition. Sa présence était une chance, c’était aussi une évidence. La catastrophe du 2 février 1965 participe à ces tragédies que l’on ne peut attribuer à la malchance : « Militant de la CGT des mineurs depuis 1942, je sais que là encore on n’avait pas tenu compte des rapports du délégué-mineur. C’est un combat incessant contre l’insécurité qu’a mené la CGT, comme je l’ai mené avec mon syndicat CGT des Mineurs depuis 1948 contre l’injustice , contre une une répression féroce de la grève de 1948, une grève juste, un droit sacré comme le disait à l’époque l’évêque de Metz... Il faut se souvenir que c’est un combat journalier, acharné, qu’ont mené les délégués mineurs contre l’insécurité. »

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« Amoureux de vivre à en mourir »

Après le vernissage de cette exposition (toujours visible en mairie jusque la fin du mois) c’est une longue procession qui s’est rendue ensuite de l’Hôtel-de-Ville au square Foulon, emplacement du monument dédié à la catastrophe et œuvre de l’artiste avionnais Raoul Csizmadia. Une réalisation magnifique tout en métal, une flamme symbolisant l’explosion survenue ce funeste jour avec les noms des 21 victimes gravées en arrière-plan. Des victimes dont les visages apparaîtront un à un aux yeux du public, au fil des noms de cette terrible liste lue dans un silence de recueillement. Lors de son allocution, Raymond Frackowiak aura la voix étranglée par l’émotion. Il était sur place le jour de la catastrophe, les victimes étaient ses camarades de travail. Quand bien même 50 années sont passées, les cicatrices de cet épisode ne se sont pas refermées. Reprenant le fil de son discours, il pointera les faits, uniquement les faits, le rendant « amer et révolté ». Ce que ponctuera ensuite Jean-Marc Tellier : « Ils étaient 21 ouvriers mineurs « amoureux de vivre à en mourir ». La plupart étaient fiancés, époux et pères arrachés à l’affection des leurs par le grisou. » Et de rappeler que parfois l’Histoire repasse les mêmes plats, n’étaient-ils pas déjà dix à avoir perdu la vie en cette même fosse 7 en 1957 ? Lui aussi rappellera que les rapports des délégués-mineurs sur l’extrême dangerosité du grisou en ces lieux n’a pas été prise en compte. Et de rendre hommage au combat de Désiré Guyot, Avionnais et délégué-mineur : « On comprend sa rage et sa colère, face à l’hypocrisie des officiels venus pour les obsèques. À quoi pensaient-il aux cotés de Léandre Létoquart, le maire communiste d’Avion devant les 21 cercueils alignés devant l’Hôtel-de-Ville de Liévin ? Non les catastrophes, si elles fauchent des vies au hasard, brisent des destins, ne tiennent rien de la fatalité. ».
S’en suivit la projection du film « Les passagers du charbon » au Familia dans une salle pleine, suivi d’un colloque rassemblant historiens et spécialistes. Ainsi s’est finie cette longue journée consacrée à cette catastrophe du 2 février 1965. Elle a réveillé un souvenir tragique d’une part, celui de l’indignation d’autre part. Parce que c’est cela aussi le devoir de Mémoire, thème de l’année 2015 : remettre au présent ce passé, aussi lointain soit-il, qui a dessiné les contours de notre communauté contemporaine.

* Norbert Gilmez était le porte-drapeau des grévistes de 1948 sévérement réprimandés par les Houillères et l’État. Soixante ans plus tard, la ministre de la Justice, Christiane Taubira, a rendu raison et réparations aux acteurs de cette grève.

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Discours de Jean-Marc Tellier, maire d’Avion

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Discours de Norbert Gilmez

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Discours de Raymond Frackowiack

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