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Lettre de Monsieur Tellier, maire d'Avion à Monsieur Lamy, ministre de la ville



Quelques jours avant la venue à Avion de François LAMY ministre délégué
à la ville, Jean Marc TELLIER lui à adressé un courrier pour lui exposer
la situation de notre commune. Il a notamment réitéré sa demande
d’extension de la zone éligible à la politique de la ville à l’ensemble
des quartiers populaires d’Avion.

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Le Maire de la VILLE D’AVION

Conseiller Général

A

Monsieur François LAMY

Ministre délégué à la ville

AVION, le 20 Septembre 2013

Monsieur le Ministre,

Vous serez en visite dans notre ville d’Avion le 26 septembre prochain. Je tiens à vous remercier sincèrement de consacrer de votre temps pour qu’ensemble nous puissions avancer sur les problèmes que rencontrent notre commune et ses habitants.

Ce courrier n’a pas d’autres objectifs que de dresser un tableau rapide de la situation et de lancer déjà quelques pistes de réflexion.

Comme vous le savez, Avion a connu cet été plusieurs jours de violences urbaines. Si celles-ci n’ont heureusement pas fait de blessés, de nombreux dégâts matériels ont eu lieu, mettant en péril et en danger la sécurité et la tranquillité des habitants du quartier de la République.

Nombreux sont ceux qui en sont sortis sonnés et surpris que de tels évènements puissent se passer dans un quartier qui, jusqu’alors, n’avait jamais fait parler de lui. Comme c’est à chaque fois le cas dans pareille situation l’emballement de la presse audiovisuelle et télévisée, et sa recherche continuelle de sensationnel a fait le reste.

Il n’empêche que les problèmes sont bien là et réels. J’avais d’ailleurs depuis des mois à chacune de mes rencontres avec les services de l’Etat, tiré le signal d’alarme devant une situation sociale devenue particulièrement alarmante.

Avion est une ville de 18 000 habitants près 2000 personnes sont au chômage, 1223 sont au RSA. Notre ville compte aussi un nombre important de familles monoparentales

Loin de simples statistiques, ces chiffres couvrent une réalité souvent dramatique à mille lieux des clichés éculés ressassés par la Droite et son extrême sur le soi-disant assistanat développé, dans les villes gérées par la Gauche. Nous sommes bien en face d’une pauvreté particulièrement lourde.

Une telle situation n’est pas, vous le pensez bien, sans conséquence sur les capacités financières de la Commune. Le revenu moyen de la population par personne se situe à 8453 euros par an, largement en dessous des moyennes régionales et nationales, 66 % de la population n’est pas imposable du fait de ses revenus trop faibles. La capacité contributive de notre population est donc peu élevée et ne nous permet pas de jouer sur le levier de l’imposition.

L’an dernier un rapport de la Chambre Régionale des Comptes sur la gestion municipale a mis en avant ces difficultés. Il souligne la situation financière saine de la Commune malgré l’emprunt toxique souscrit auprès de DEXIA. Nous avons, comme de nombreuses Communes, ouvert un contentieux avec cette banque, mais cela nous prive de beaucoup de marges de manœuvre du fait de nos capacités d’autofinancement nettes faibles.
Malgré cela, de nombreuses choses se font dans notre ville qui, chaque jour, montre sa vitalité grâce notamment à un tissu associatif particulièrement dense, présent et actif.

Même si les banques se sont fait prier pour nous accorder les emprunts, une nouvelle école maternelle devrait bientôt voir le jour, tout comme un nouvel EHPAD qui a obtenu tous les feux verts pour les financements mais dont le dossier est étrangement bloqué au niveau du Ministère de la santé.
Ces nouveaux équipements non seulement vont apporter un plus dans les services rendus à la population, mais seront aussi créateurs d’emplois.

L’ANRU a également permis de changer l’image du quartier de la République. Beaucoup d’argent a été investi et nous nous en félicitons. Mais nous ne sommes pour le moment pas prêts à assumer financièrement un ANRU 2 d’autant que nous craignons comme pour l’ANRU 1 que les destructions devancent les reconstructions avec tout ce que cela suppose comme difficultés pour répondre à la demande forte en matière de logement social.

Enfin pour terminer avec ce tableau non exhaustif, la situation n’est guère réjouissante en matière de réponse aux besoins de santé.

Outre le manque criant de médecins spécialistes que connaît notre région, le quartier de la République et ses 4400 habitants n’ont plus sur place que 2 médecins généralistes en activité dont l’un est proche de la retraite. Là encore, tant au niveau de l’offre de soins que de la prévention, des efforts importants doivent être impérativement réalisés. La loi sur les déserts médicaux, si elle est étendue, devrait pouvoir nous y aider.

Ce constat ne concerne pas uniquement les quartiers classés en zone urbaine sensible, mais la quasi-totalité de la Commune.
Pour plus d’efficacité, le zonage de la politique de la ville est donc totalement à revoir, d’autant que la population du quartier de la République est en baisse, ce qui risque à terme de nous priver de subventions de l’Etat et paradoxalement nous faire sortir du dispositif.

Aujourd’hui, si nous sommes preneurs de tout ce qui peut contribuer à améliorer la situation de ceux qui se trouvent en grandes difficultés quotidiennes, nous ne pouvons plus nous satisfaire d’un simple colmatage à grands coups d’emplois aidés.

C’est bien d’une autre politique en matière d’emploi dont nous avons besoin. Notre région possède une forte tradition industrielle qui fait partie de son histoire. Or, on ne peut que constater, que la transition de l’après mine accentuée par la crise économique a laissé un nombre considérable de travailleurs sur le carreau et a privé leurs enfants de toutes perspectives de s’inscrire dans un emploi stable et durable.

Nous n’avons pas sur le territoire d’Avion de grosses entreprises créatrices d’emplois et lorsque des projets voient le jour, comme c’était le cas avec celui d’Immochan et de ses 400 emplois en perspective, nous sommes victimes de règlements de compte entre élus locaux des villes voisines qui, pour des raisons de lutte d’égo et de clochers, ont fait échouer le projet et laisser dilapider honteusement des sommes importantes d’argent public.
Nous n’avons plus la compétence économique qui a été récupérée par la Communauté d’Agglomération de Lens Liévin. Notre zone industrielle est à ce jour quasiment vide et la zone d’activités commerciales semble aujourd’hui abandonnée. Cette situation perdure depuis des années.

Des effets d’annonces transpirent régulièrement dans la presse sur d’éventuels projets qui disparaissent aussi vite qu’ils sont venus.
Nous avons donc besoin que chaque partenaire Agglomération, Ville, Etat, CCI, Département, Région, puisse s’asseoir autour de la table pour enfin dresser ensemble de véritables perspectives d’avenir.

La création d’une pépinière d’entreprises sur la ZI des 14 à proximité du quartier de la République pourrait être un bon début pour montrer la volonté des partenaires institutionnels d’aboutir à des solutions pérennes aux problèmes que nous rencontrons.

L’autre clé importante c’est aussi de miser sur une formation de qualité.
Avion possède des équipements scolaires de bon niveau grâce aux efforts entrepris par la Région, le Département et la Commune.
Le lycée Picasso construit au cœur du quartier de la République est un établissement à taille humaine. Il est l’un des tous premiers lycées publics du Pas de Calais pour ses résultats au BAC et est fréquenté par de nombreux jeunes de la ville. Malheureusement la suppression ces dernières années de filières et d’options fait que bien souvent, ils sont dans l’obligation de poursuivre leurs études ailleurs.

Une école d’Educateurs s’est également récemment installée chez nous dans les locaux d’une ancienne école maternelle du quartier.
En lien avec la Région, on pourrait donc envisager l’ouverture de nouvelles sections qui, non seulement, contribueraient à améliorer l’offre en formation pour les jeunes mais permettraient aussi d’assurer définitivement l’avenir du lycée.

Enfin, il conviendrait au-delà de l’extension du zonage politique de la ville, de faire bénéficier l’ensemble de la ville des Contrats Urbains de Cohésion Sociale. D’autre part, l’ensemble des actions prévues dans le cadre de l’ACSE doivent être également envisagées. En effet, l’éducation, l’emploi, le développement économique, la prévention et la santé sont des domaines d’intervention dans lesquels l’effort se doit d’être quotidien et activement soutenu.
Une révision totale des projets proposés, qui pourront voir le jour uniquement si l’Etat nous accorde un accompagnement financier à la hauteur, est actuellement en cours.

Nous pourrions ainsi envisager (en lien avec le projet expérimental proposé par vos services de suivi individuel et centralisé des demandeurs d’emploi) la création et la pérennisation d’un ou plusieurs lieux d’information et d’orientation de l’ensemble des publics intéressés par une aide dans leurs démarches quotidiennes. Cela demanderait évidemment la création de plusieurs emplois d’accompagnement et d’encadrement.
Voici donc les quelques pistes de réflexion, dont je tenais à vous faire part préalablement à votre visite à Avion.

En espérant que le dialogue entamé entre les services de l’Etat et la Ville pourra apporter des solutions allant dans le sens d’une meilleure prise en compte des besoins de notre population, et dans l’attente de notre rencontre, recevez, Monsieur le Ministre, l’expression de mes sentiments républicains et respectueux.

Le Maire,

Conseiller Général.

Jean-Marc TELLIER



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